Le principe
Avec la plaque perdue, ou linogravure par réduction, tu n’utilises qu’une seule plaque pour toutes les couleurs. À chaque étape, tu creuses ce qui doit rester de la couleur précédente, puis tu encres la plaque avec la couleur suivante, plus foncée.
Chaque passage consomme la plaque : une zone gravée ne peut plus être encrée. C’est ce qui rend la méthode irréversible, et ce qui impose de bien préparer ton plan.
Si tu rates un passage, tu ne peux pas le refaire. Réfléchis chaque étape comme si c’était la dernière, et tire toute ta série à chaque passage avant de continuer à graver.
Préparer la série
- Fais un plan couleur : un croquis par étape, avec ce qui reste de chaque couleur. Trois couleurs, trois croquis.
- Découpe tout le papier d’un coup, aux mêmes dimensions, pour toute la série plus une marge.
- Prévois des feuilles d’essai à chaque passage, pour régler l’encre et la pression sans gâcher de bonnes feuilles.
- Choisis une plaque assez solide pour supporter plusieurs encrages : voir choisir sa plaque.
- Note tout : références des encres, ordre, dosage des mélanges. Pour refaire une série, ce carnet te sauvera.
Le repérage : la clé de la couleur
Chaque feuille doit retomber exactement au même endroit sur la plaque à chaque passage. Sinon, les couleurs se décalent et l’image devient floue.
Cadre en carton
Fixe la plaque dans un cadre en carton ou en bois, avec deux butées en équerre. Le papier se pose toujours contre les deux butées.
Gabarit en L
Marque l’emplacement de la plaque sur la table avec du ruban, puis colle deux bandes en « L » pour caler le coin de la feuille.
Pointes de repère
Pique des petits trous de repère dans les marges de la feuille, que tu fais correspondre à des repères sur la table ou la plaque.
Registre « kento »
Le système japonais utilisé en gravure sur bois : une entaille en L et une entaille droite creusées dans la table. Ça marche aussi en lino sur plaque montée.
Teste ton repérage sur deux ou trois feuilles avec un simple encrage de la plaque nue, avant même d’attaquer la première coupe. Si le décalage dépasse un millimètre, reprends tes butées.
Passage après passage
| Passage | Ce que tu graves | Ce que tu tires |
|---|---|---|
| 1 | Seulement les zones qui doivent rester du blanc du papier | La couleur la plus claire, sur toute la série |
| 2 | Les zones qui doivent garder la couleur 1 | La couleur 2, un ton plus foncé |
| 3 et suivants | Les zones qui doivent garder la couleur précédente | Des couleurs de plus en plus foncées |
| Dernier | Tout ce qui ne doit pas être dans la couleur finale | La couleur la plus sombre, souvent un noir de détail |
Entre chaque passage, laisse sécher les feuilles : avec une encre à l’huile, cela peut prendre plusieurs jours, ce qui allonge le projet. Avec une encre à base d’eau, le séchage est bien plus rapide mais l’encre demande de travailler vite sur la plaque.
Choisir ses encres
- Encres transparentes : les couleurs se mélangent en se superposant. Jaune sous bleu donne un vert. Idéales si tu veux jouer sur les nuances, mais il faut réfléchir à l’ordre.
- Encres couvrantes (opaques) : elles cachent la couleur dessous. Elles permettent d’imprimer une couleur claire sur une foncée, mais le rendu est plus plat.
- Mélanges : prépare toute l’encre nécessaire pour la série dès le départ. Un mélange refait à l’œil ne retombe jamais sur la même teinte.
Outil : combien de feuilles préparer ?
Une feuille perdue au dernier passage coûte tout le travail des couleurs précédentes. Fixe ton nombre de feuilles de départ avant de commencer.
Calculateur de série
Une marge réaliste vaut mieux qu’un oubli coûteux.
Les erreurs qui coûtent cher
- Graver avant d’avoir tiré toute la série du passage précédent. Impossible de revenir.
- Papier qui se déforme d’un passage à l’autre : un papier humide ou trop fin bouge et fausse le repérage.
- Trop d’encre sur un passage : elle bave sur les couleurs déjà tirées.
- Oublier de noter l’ordre et les mélanges : impossible de refaire une série identique.
- Commencer trop grand : mieux vaut apprendre le repérage sur une petite plaque à deux couleurs.
Questions fréquentes
Pourquoi « plaque perdue » ?
Parce qu’à chaque passage tu graves davantage la même plaque : elle ne peut plus servir à tirer les étapes précédentes. À la fin, elle est « perdue » : tu ne peux plus refaire d’édition.
Peut-on faire de la couleur sans plaque perdue ?
Oui, avec une plaque par couleur. C’est plus simple à corriger mais demande de graver plusieurs plaques parfaitement repérées entre elles. La plaque perdue n’en demande qu’une, au prix de ne pas pouvoir revenir en arrière.
Dans quel ordre tirer les couleurs ?
Du plus clair au plus foncé, sauf si tu utilises des encres très couvrantes. La dernière couleur, la plus sombre, est celle qui reste sur la plaque quand tu as tout évidé.
Combien de feuilles prévoir ?
Prévois une marge de sécurité par rapport au tirage visé : une feuille ratée à la dernière couleur coûte toutes les couleurs précédentes. Le calculateur ci-dessous t’aide à fixer ce chiffre.
Les bases te manquent ? Reviens à l’encrage et au tirage. Un mot technique t’échappe ? Consulte le glossaire.
